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france

  • La communion solennelle

    L'entrée en sixième marquait aussi l'année de notre communion solennelle. Je me souvenais bien des communions précédentes de mes trois frère et sœurs, qui avaient toujours lieu au mois de juin, mois de l'été qui arrivait, synonyme de grandes vacances. Au-delà de l'aspect religieux, la communion solennelle marquait vraiment une étape pour nous : elle symbolisait notre entrée dans l'adolescence, accompagnée des cadeaux qu'on nous faisait pour l'occasion. Il nous fallait attendre en effet la communion solennelle pour avoir sa première montre, sa première gourmette, et aussi, sa première chaîne au cou.

    Cette journée festive était préparée, pendant deux  semaines, au sein même de notre collège, avec tous les enfants concernés et un prêtre qui nous encadrait. Cette préparation, appelée la "retraite", était attendue impatiemment par les enfants, car nous n'assistions plus aux cours pendant ces quinze jours, afin de nous consacrer à notre communion. Nous étions dans des locaux annexes à ceux de notre collège, et nous passions notre journée à chanter, accompagnés par le prêtre à la guitare, à faire des randonnées pédestres ou des veillées : l'ambiance était très bon enfant, et les élèves étaient ravis de pouvoir échapper aux cours pendant ces deux semaines bénies !

    Nous nous entraînions aussi, dans l'église, à nous déplacer correctement, avec, l'avant-dernier jour, l'essayage de nos aubes. La mienne était un peu courte et usée, puisqu'elle avait déjà été utilisée par mon frère et mes deux sœurs, mais elle convenait pour la cérémonie et les photos qui s'ensuivaient.

    Le repas, après la cérémonie, était l'occasion, pour toute la famille réunie, de se retrouver au restaurant, ce qui n'arrivait quasiment jamais.

    Je garde un souvenir heureux de ces moments-là, où oncles, tantes, neveux, nièces, grands-pères, grands-mères et petits-enfants se côtoyaient dans un joyeux brouhaha, au milieu des rires et des chants, dans la grande salle du restaurant : elle s'ouvrait sur un jardin ombragé où les enfants jouaient, salissant leur belle tenue de cérémonie.

  • La croix Vitafor

    Tous les ans, pendant les vacances d'été, "Ouest France", le journal quotidien de tout l'Ouest de la France, organisait un grand jeu concours dont le premier prix était une somme d'au moins dix millions d'anciens francs, soit l'équivalent de quinze mille euros aujourd'hui. Cette somme était très importante pour l'époque et nous passions toutes nos vacances d'été à essayer de résoudre les énigmes quotidiennes proposées par le journal. L'énigme du jour était en dernière page du quotidien et nous prenions soin, tous les jours, de la découper pour la ranger dans un classeur, avec toutes les énigmes précédentes : il s'agissait souvent d'une photo insolite d'un objet qu'il fallait découvrir. A la fin de l'été, quand le grand bulletin-réponse était édité par le journal, toute la famille se rassemblait et reprenait les énigmes une à une pour remplir le bulletin-réponse. Les discussions allaient bon train, car nous n'étions pas toujours d'accord sur le choix des réponses à donner : après des heures de palabres étalées sur plusieurs soirées, nous avions enfin rempli entièrement le bulletin réponse, sans oublier la question subsidiaire.

    Et puis un jour, cette belle harmonie démocratique a été rompue par l'arrivée d'une nouvelle venue : la croix Vitafor. Ma mère avait acheté cette croix par correspondance, à la suite d'une publicité qu'elle avait vue dans un journal et qui vantait les mérites de cette belle croix pendentif : joie, bonheur, santé et chance étaient assurés à celui qui la porterait. Comme mon père semblait disposer d'un vrai fluide magnétique (il lui arrivait de trouver une source avec une montre pendentif),  il avait décidé de passer toutes les énigmes sous la croix Vitafor, qu'il tenait une bout de sa chaîne, comme un pendule. Pour chaque énigme posée, il passait la croix au-dessus de chacune des quatre ou cinq réponses proposées : si la croix se mettait à tourner au dessus d'une réponse, c'est qu'elle était la bonne. Malgré notre scepticisme sur les réponses apportées par la croix, mes parents remplirent le bulletin-réponse en fonction de celle-ci  ….

    Cette année-là, nous n'avons rien gagné, pas même un petit lot de consolation que nous arrivions parfois à décrocher, les années précédentes.

    La croix Vitafor a terminé sa vie dans une petite boîte enfermée dans une armoire, d'où elle n'est jamais ressortie.